Ask of Ancestor
C’est le jiaobei, un rituel que tous les Fujianais connaissent depuis l’enfance, comme attacher ses chaussures ou éviter la pluie. Deux blocs de bois lisses, en forme de croissant, taillés dans du bois de camphre. Certains les appellent simplement “les coupes”.
On les tient dans les mains, on ferme les yeux, on formule une question, puis on les laisse tomber.
Un côté plat, un côté arrondi. Selon la façon dont ils tombent, la réponse change.
Deux faces plates, c’est non.
Deux faces arrondies, c’est le rire des dieux.
Une de chaque, c’est oui.
On le fait deux fois par an. Qingming et le solstice d’hiver. Même autel, même disposition. Poulet entier, poisson vapeur, poitrine de porc braisée, gâteaux de riz, kumquats confits, trois tasses de thé, trois tasses de vin de riz… et parfois un bol de nouilles, pour la longévité.
L’encens brûle lentement. On s’agenouille. Le front touche le sol. La fumée monte, épaisse, puis se disperse. On attend.
On apporte du papier doré, des bâtons d’encens. On les offre aux ancêtres, aux divinités du foyer. On tient les blocs, on murmure la question, puis on les laisse tomber. Le son est sec.
Une première réponse. Puis une autre.
Un vieil homme regarde, observe le résultat, puis fait un signe. Il explique, sans élever la voix. Pas de certitude, juste une direction.
On recommence. Les gestes sont les mêmes. Les mains, la respiration, le mouvement.
Le bruit revient.
Un seul côté. Puis l’autre.
Une réponse.